A la recherche de l’Ecole de l’émancipation

A force de polémiques et de transformations radicales, on ne sait plus vraiment ce qu’est l’école. L’historienne et spécialiste des sciences de l’éducation, Laurence De Cock (@debatdecole1) nous rappelle que celle-ci devrait se définir par son projet politique : l’émancipation sociale.

Plutôt que de plonger dans la logique de la réussite individuelle, ou de la répression, l’école devrait être le lieu du savoir critique, le lieu qui permet de comprendre les dominations pour nous apprendre à y faire front. Un projet bien plus stimulant que ce qu’elle est devenue ou a toujours été… : une forme de neutralité scolaire, d’égalité formelle, qui est venue recouvrir d’indifférence les inégalités réelles qui s’y cristallisent.

L’Ecole a deux vitesses, discontinue, s’est accélérée avec les réformes récentes qui ont touché tous ses contours (programmes, examens, organisation, orientation, statuts…). Et le numérique semble surtout s’y introduire pour finir d’achever la mise à distance des inégalités au profit d’une concurrence individuelle sans limite. Pourtant, rappelle l’historienne de l’éducation, l’éducation a toujours eut des buts politiques qui se sont peu a peu peaufinés jusqu’aux années 80, époque où les expériences éducatives nouvelles, qui ont toujours nourri l’évolution du projet scolaire, entrent en rupture avec la politique éducative. C’est un peu comme si, sous la massification et le libéralisme, l’objectif politique de l’école avait disparu. L’innovation pédagogique elle-même est devenue bien moins politique, ou plutôt bien plus de droite et néolibérale. Ce que nous dit Laurence De Cock, c’est que le projet politique de l’école a été perdu… Et que nous devons le retrouver pour la réparer !

Un propos militant qui réveille !

Hubert Guillaud

A propos de Ecole publique et émancipation sociale, Agone, décembre 2021.

Une France post-politique ?

Ce pays qu’on nous raconte partout est-il vraiment celui qui est sous nos yeux ? Pas vraiment, s’amusent le politologue Jérôme Fourquet et le journaliste Jean-Laurent Cassely (@jlcassely) dans La France sous nos yeux, ce livre de pop-géographie qui nous décrit une France bien plus plurielle et hybride que celle, toujours éternelle, dont les uns et les autres tentent de nous farcir les oreilles.

Derrière la France moche se masque une France hybride, plus recomposée qu’on ne le pense, où les territoires semblent surtout se polariser, s’écarteler, comme s’ils n’étaient plus capables de discuter entre eux. Les maisons de la France qui va bien sont à deux encablures des ronds-points. Partout, les modes de consommation semblent être devenus les formes de distinction d’un pays qui semble avoir abandonné tout rapport productif. Les nouveaux clivages (le libéralisme, l’identitaire et l’écologisme), incompatibles entre eux, s’affrontent désormais jusqu’au territoires mêmes où ils s’affichent. Produisant des espaces si différents qu’ils semblent profondément irréconciliables… alors qu’une culture commune les traverse encore. Elle tient visiblement plus du barbecue, du bricolage et du jardinage que des luttes sociales ou politiques. La France sous nos yeux cherche visiblement à nous les faire écarquiller sur un monde qui vis côte à côte, mais plus atomisé socialement que jamais. Un peu comme s’il était à jamais irréconciliable.

Hubert Guillaud

A propos de La France sous nos yeux, Le Seuil, octobre 2021, 496 pages.