La numérisation accélère la machination

Dans leur dernier livre, Le règne machinal (éditions Service compris, septembre 2021), Pièces et Main d’Oeuvre (P&MO) creusent leur sillon technocritique, et pour ma part, à mesure que je les lis, j’ai tendance à penser que le refus est bien souvent la seule posture qui nous reste… même si elle ne fait pas plus bouger de ligne que le réformisme. Le livre qu’ils consacrent à la crise sanitaire la décrit comme une nouvelle crise de la société industrielle en phase d’accélération, notamment par l’accélération de la production industrielle du numérique… Dommage que cette lecture des annonces des réponses technologiques à la crise n’aille pas jusqu’à regarder les résultats assez pitoyables, partout, de ces nouveaux machins. Certes, “la numérisation accélère la machination”, mais cette machination ne produit rien hormis des profits et l’élimination des moins adaptés.

“Virons les ingénieurs avant qu’ils ne nous achèvent. Lâchons la puissance pour la quiétude”.

Une bonne moitié du livre est consacré à l’origine du virus. Plus qu’un complotisme facile, c’est ici que P&MO mobilise ses apports. Notamment en nous rappelant combien les bio-incidents sont intrinsèquement liés à la biotechnologie. “La guerre bactériologique se prépare dans les mêmes laboratoires que les vaccins”. Les accidents renforcent l’activité techno-scientifique. Sans trancher sur cette origine, ils montent néanmoins un dossier à charge où les intérêts semblent plus primordiaux que le reste.

“Scientifreak, scientifric, scientiflic”. Les punchlines de P&MO sonnent comme du Lordon. P&MO voit dans la crise la réalisation de leurs prédictions : “La société de contrôle, nous l’avons dépassée ; la société de surveillance, nous y sommes; la société de contrainte, nous y entrons”. La contrainte machinique s’est infiltrée au-delà de ce que nous pensions possible (“il n’y a jamais d’obstacles pour ceux qui n’ont pas de principes”). “Rien n’est plus autoritaire que la machine”. Nous sommes entrés dans l’ère des mesures barrières pour prolonger notre survie. “La traçabilité – la traque – est la réponse industrielle aux dégâts écologiques et sanitaires de l’industrie”. La machine nous promet de vivre librement dans des dispositifs idéologiques. La logique managériale et rationaliste tourne en boucle sur elle-même. La même qui a démantelé l’hôpital décide d’assigner à résidence la population pour sauver l’hôpital… Les gestionnaires ont raisonné en terme de flux, de stocks et de data. Bienvenue dans l’efficacité pour elle-même.

L’inhumanité des traitements infligés aux vieillards dans les Ehpad, aux jeunes, aux enfants, aux pauvres… comme l’évacuation technique des défunts sans leurs proches… ne sont que le résultat de la primauté à l’information et à l’intelligence sur l’homme. Pas sûr effectivement qu’on y gagne.

A propos de Pièces et main d’oeuvre, Le règle machinal : la crise sanitaire et au-delà, éditions service compris, septembre 2021, 252 pages, 19 euros.

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