Ada Lovelace : s’échapper de sa condition

Lu d’une traite, cette petite biographie d’Ada Lovelace, signée Catherine Dufour. Ici, le style de Dufour s’épanouit parfaitement. Elle livre une biographie franche, moderne, vive, alerte, acide. Ses pages sur l’éducation des femmes au XIXe siècles tranchent avec la componction qu’on leur prête trop souvent. Les femmes de la bonne société victorienne sont montrées telles qu’elles sont : saignées pour être rendues malades, empoisonnées et droguées pour résister à l’ennui où elles sont enfermées, opprimées par un contrôle social total, soumise à une pédagogie noire où la maltraitance se pare de feintes bonnes intentions. Dufour fait d’Ada une femme de son temps, qui échappe à sa condition le temps d’un succès qu’elle arrache à l’adversité. Le temps d’imaginer la programmation dans quelques notes de bas de page de l’article d’un autre. Seul répit quasi d’une vie dominée. “La machine analytique tissera des motifs algébriques comme les métiers de Jacquard tissent des fleurs et des feuilles”. La vie sombre d’Ada Lovelace semble emblématique de cet “âge de l’émerveillement”, où la science semble plus romantique que ne l’est l’existence. Elle en est au final un parfait reflet.

A propos de Ada ou la Beauté des nombres, Fayard, 2019, 300 pages.

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