Où sont les lois de la contagion ?

L’épidémiologue britannique Adam Kucharski (@adamjkucharski) est un de ces spécialistes de la modélisation épidémique portée aux nues depuis un an. Dans son livre, dont la traduction vient de paraître chez Dunod, le spécialiste de la viralité tente de mettre à jour les grandes lois de la contagion… Le problème, c’est qu’il n’y arrive pas si bien.

Bien qu’il mobilise une masse impressionnante d’études, cette histoire de la diffusion peine à en montrer ses régularités. En passant des modélisations épidémiques à la propagation des idées dans les réseaux sociaux, Kucharski montre surtout des spécificités qui peinent à produire des règles. Tout comme le Covid s’est avéré plus retors à toute prédiction, les lois de la contagion montrent surtout que la modélisation du monde est difficile (comme nous le disait déjà le physicien Pablo Jensen dans Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations).

Et pire, c’est même à croire que penser le monde comme un réseau infectieux se révèle finalement profondément problématique, comme si la plupart des paramètres nous échappaient. Tant mieux ! Comme il l’explique très bien, finalement, on peine souvent non pas tant à modéliser le monde qu’à le comprendre. Et si on peut tout comparer à des infections, les idées semblent avoir bien du mal à imposer un mode aussi mécaniste et régulier que les virus (notamment les plus transmissibles). Le R0 que nous maîtrisons désormais si bien montre surtout ses limites au-delà de la description des épidémies.

Reste que pour Kucharski, la solution comme toujours consiste surtout à démultiplier les données pour améliorer les modèles ! Le solutionnisme statisticien tourne à bloc ! C’est problématique !

Hubert Guillaud

A propos du livre d’Adam Kucharski, Les lois de la contagion, Dunod, février 2021.