De l’obsession des plateformes

Olivier Ertzscheid a eu la très bonne idée de faire un livre court, simple et clair pour nous aider à comprendre le rôle politique des plateformes. Un petit livre qui va pouvoir se glisser dans bien des mains. Tant mieux ! Cette synthèse n’apprendra rien à ceux qui le lisent avec assiduité et attention, mais permettra a plein d’autres de le découvrir, de savourer son sens de la formule, et plus encore son art pédagogue à faire se percuter les idées.

Sur le fond, Olivier dissèque avec obsession FB et Google, pour nous montrer justement les limites de leurs propres obsessions. Leur toxicité intrinsèque a modifier nos existences, nos rapports au monde et aux autres, à contraindre nos libertés sous surveillance pour se les accaparer et les commercialiser. Leur art éventé à nous présenter un “espace stalinien de collecte de données et de surveillance de masse” comme un espace d’émancipation… Leurs “modèles économiques publicitaires auto-légitimants” qui transforment la langue et la vérité en marché… Jusqu’à agir, politiquement, sur nos modèles mêmes à consentir et à agir, hystérisant nos relations pour mieux masquer l’ampleur de la surveillance mise en marche. Nous voici enfermés dans des espaces privés qui n’ont plus rien de démocratiques, à l’heure où l’urgence a rétablir des formes démocratiques est plus nécessaires que jamais. Quand FB joue un rôle politique déterminant, quelle catastrophe supplémentaire devons nous attendre pour remettre le génie des plateformes dans leurs boîtes ?

Les précédents scandales n’ont visiblement pas suffit. Le prochain parviendra-t-il à contraindre enfin nos super-héros, alors que, comme dans “The Boys”, leurs vrais visages n’est pas celui des justiciers qu’on leur prêtait, mais bien celui du pire cynisme, du produit parfait car parfaitement corrompu !

Punchy et salutaire, on en attendait pas moins !

 

A propos de Le monde selon Zuckerberg, portraits et préjudices, Olivier Ertzscheid, C&F éditions, septembre 2020.

La note, l’illusion de la rigueur

Avec La nouvelle guerre des étoiles, Vincent Coquaz (@vincentcoquaz) et Ismaël Halissat (@ismaelhat), journalistes à Libé livrent une bonne synthèse du sujet, simple, claire, accessible, grand public, sous la forme d’un long reportage informé. Ce qu’on en retient, c’est que les notes, malgré tous leurs défauts s’imposent peu à peu pour tout classer. Malgré leurs limites (“La note, c’est l’illusion de la rigueur mathématique”), les entreprises qui les mettent en place sans aucune transparence, refusent tout garde-fous sur ces sujets, alors qu’elles sont elles-mêmes conscientes des failles des notations (comme par exemple que la note des notes n’est jamais une moyenne, mais toujours un calcul lui-même opaque, entretenant une chaîne de données volontairement défectueuse).

Reste à savoir – dans ce monde où l’on ne sait jamais ce que l’on note ni à quoi elles servent – où et comment introduire des limites, à un monde qui fait semblant de croire au client/usager roi, sans lui donner d’autre pouvoir que de juger les plus petits éléments des systèmes, ceux qui ont le moins de pouvoir, comme lui. “Partout, que ce soit à l’école ou dans l’entreprise, la note met fin à la discussion”, alors qu’elle devrait surtout l’ouvrir.

Seule piste ouverte en conclusion : les saboter ! Mais peut-on saboter un système qui repose déjà sur du faux ?!

Hubert Guillaud

A propos du livre de Vincent Coquaz et Ismaël Halissat, La nouvelle guerre des étoiles, Kero, 2020, 234 pages.

Voir également notre article : “Peut-on limiter l’extension de la “société de la notation” ?”, InternetActu.net, septembre 2020.