La fin du monde ? bof !

La messe est dite ! Plus qu’une collapsosophie, nous voici dans le collapsologisme. Le dernier livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible ne délivre aucun message nouveau, autre que beaucoup de complaisance et d’assurance dans ce nouveau millénarisme. Ce nouvel opus n’est rien d’autre qu’un manuel pour accepter la fin du monde, teinté d’un réel abandonnisme. Cette tentative à ériger l’acceptation de la fin du monde en spiritualité se révèle un livre assez inutile, qui n’apporte rien au débat, ni piste d’organisation autre que morale et personnelle. Après un stage de survie douce, faites un peu d’ecopsychologie… Et n’écoutez pas ceux qui ne sont pas convaincus.

Leur précédent opus, Comment tout peut s’effondrer, était bien plus stimulant, comme je le racontais alors sur InternetActu.net.

Grosse déception !

Hubert Guillaud

A propos du livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible, Le Seuil, collection “Anthropocène”, octobre 2018, 336 pages.

Sainte entreprise

J’ai beaucoup souffert à la lecture du livre de Nicolas Colin. Je pense que nous voyons le monde trop différemment pour trouver des points de recoupements.

Nicolas Colin a visiblement la nostalgie de l’entreprise paternaliste, depuis longtemps enfuie. Pour lui, les startups pourraient être l’occasion d’un renouveau. C’est effectivement certainement le cas de quelques entrepreneurs sociaux, mais ce n’est définitivement pas le cas de la très grande majorité d’entre elles, qui ne font pas grand cas de leurs employés ni de leurs clients, qui poursuivent plus des objectifs court-termistes de croissance qu’elles ne cherchent à faire du monde un monde meilleur.

Nicolas Colin n’a aucune considération pour les entreprises qui produisent des biens de consommation, tant et si bien, que ces entreprises du XXe siècle semblent inexistantes, alors qu’elles continuent à faire tourner le monde. Pour lui, l’avenir est aux seules entreprises de services, notamment celles qui font travailler la multitude. La grande vertu du numérique est qu’il va permettre de rendre plus productif le secteur des services… Pas sûr que les gains d’efficacité soient étonnants. Pas sûr non plus que ces progrès soient particulièrement libérateurs, au contraire. Le plus étonnant dans ce livre souvent exagérément démonstratif demeure cette confiance bonhomme dans l’entreprise. Dans ses appariements algorithmiques à venir, par nature magiques et parfaits. Dans cette confiance dans le fait que les entreprises travaillent pour le bien de l’humanité. Dans cette ode au paternalisme libéral, où les questions de pouvoir, de démocratie ou de redistribution du capital n’existent pas (pas plus que les questions climatiques ou de ressources). Les inégalités se combattent à la marge, mais le fait qu’elles soient produites dans le principe même des entreprises n’est jamais remis en cause. Il y a une sorte de dévotion magique au marché et à l’entrepreneuriat, comme s’ils étaient les seuls à même de faire, oubliant combien ils ont défaits toutes les autres formes d’agir pour s’imposer.

Le capitalisme de plateforme ne nous a pas apporté grand chose. Gardons l’intelligence collective et laissons tomber son exploitation.

Hubert Guillaud

A propos du livre de Nicolas Colin, Hedge, a greater safety net for the entrepreneurial age, auto-édité, 163 pages.