Le progrès, une vision de classe

J’ai enfin lu L’apocalypse joyeuse (2012) de Jean-Baptiste Fressoz. Un livre sur la naissance du risque technologique, du XVIIIe au XIXe siècle, qui montre comment s’impose l’inoculation, les industries chimiques, l’éclairage au gaz ou les premières machines à vapeur, malgré les dangers bien réels qu’ils représentaient et dont les populations ont été tout de suite conscientes. Le livre souligne combien la modernité a réalisé un travail de sape des formes de gestion traditionnelles, coutumières, locales (les “Communs” qu’on souhaiterait tant voir renaître), pour s’imposer. Combien la science alliée au capital ont oeuvré pour s’imposer et imposer les régulations contractuelles. Combien tout cela a été l’affaire d’une classe sociale, la bourgeoisie triomphante, s’imposant via tous les moyens, tous les pouvoirs. “La catastrophe est le sacrifice nécessaire qui fait advenir la civilisation”. “Le progrès une épopée”, mais pas partagée.


Quant à la conclusion de Fressoz, elle mériterait d’être lu au journal de 20h : “Un chiasme curieux caractérise notre société libérale et technologique : d’un côté nous transformons radicalement la nature quand de l’autre nous proclamons l’impossibilité de modifier la société”. Nous avons accepté la logique du progrès, entériné l’immuabilité de l’enrichissement en nous ôtant les pouvoirs collectifs que nous avions conquis contre un peu de confort. Plus qu’une désinhibition, nous avons renoncé à nous battre pour ce que nous avions en commun. Pour éviter la mort, un peu d’argent, de confort. Vous pouvez rallumer votre climatiseur !

Hubert Guillaud

A propos du livre de Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique, le Seuil, collection “L’univers historique”, février 2012, 320 pages.